Le juge Moldaver — Dans le présent appel portant sur un verdict déraisonnable, la seule question en litige consiste à décider si les incohérences dans le témoignage du plaignant sont à ce point importantes qu’une déclaration de culpabilité inscrite sur le fondement de son témoignage est déraisonnable en droit. Bien que certaines de ces incohérences soient troublantes, notre Cour, à la majorité, est convaincue que le jury a agi raisonnablement en croyant le plaignant.
Le plaignant a reconnu que son témoignage était incompatible avec ses déclarations antérieures. Ces incohérences ont fait l’objet d’un contre‑interrogatoire vigoureux, d’observations finales énergiques et d’un exposé au jury exhaustif, lequel, les parties en conviennent, était exempt d’erreur. Pour sa part, le plaignant a expliqué que le counseling qu’il a suivi avait aidé à améliorer sa mémoire depuis sa déclaration initiale à la police. De l’avis de la majorité, il revenait au jury de décider si cette explication neutralisait tout doute raisonnable suscité par les incohérences. Dans les circonstances, l’expérience judiciaire nous incite à nous en remettre à la sagesse des jurés, qui ont eu l’avantage d’entendre le plaignant témoigner. Nous refusons de remettre en question leur décision.
Avec égards, les juges de la majorité ne sont pas d’accord pour dire que la Couronne devait soit produire des éléments de preuve additionnels à l’égard des séances de counseling suivies par le plaignant, soit présenter de la preuve d’expert quant au rôle que le counseling peut jouer afin d’affiner la mémoire.
Pour ces raisons, les juges majoritaires sont d’avis d’accueillir l’appel, d’annuler les acquittements et de rétablir les déclarations de culpabilité.
Les juges Brown et Rowe, dissidents, rejetteraient l’appel, essentiellement pour les motifs exposés par le juge White.