Le juge Sopinka (dissident)
[traduction] Lorsque, comme c’est le cas en l’espèce, la preuve est technique et quelque peu complexe, il est particulièrement important que [le juge du procès explique le droit applicable et établisse un lien entre ce droit et la preuve] d’une manière qui aidera le jury à déterminer sa pertinence et le poids ou la valeur qu’ils attribueront à chaque partie respective.
[traduction] Je vous demande d’examiner toute la preuve, y compris les témoignages des trois psychiatres, en particulier les points sur lesquels leurs opinions divergent, quant à savoir si M. Jacquard avait, au moment de l’infraction, l’intention spécifique de commettre un meurtre ou une tentative de meurtre.
Cela n’a pas été fait à l’égard de l’exposé sur la préméditation et le propos délibéré. Le jury aurait bien pu en conclure que la preuve des troubles mentaux et, en particulier, la preuve psychiatrique n’étaient pertinentes qu’en ce qui avait trait aux questions qui avaient été expressément mentionnées. L’appelant n’a qu’à établir l’existence «d’une possibilité raisonnable que le jury ait été induit en erreur» (R. c. Brydon, [1995] 4 R.C.S. 253, au par. 19).
//Le juge Cory//
Version française des motifs rendus par
Le juge Cory (dissident)
[traduction] Le rôle du jury dans une affaire de meurtre au premier degré commis avec préméditation et de propos délibéré, où il y a une preuve d’intoxication ou de troubles mentaux, consiste à déterminer le processus mental de l’accusé au moment du meurtre, en tenant compte de cette preuve, et ensuite à déterminer si ce processus mental est visé par la définition de l’expression «propos délibéré».
[traduction] Et je veux maintenant vous expliquer le sens de l’expression «avec préméditation et de propos délibéré». Je vais vous en expliquer le sens pour que vous soyez en mesure de rendre cette décision si vous concluez que le ministère public a prouvé l’existence de tous les éléments dont je viens de vous parler. Les termes «avec préméditation et de propos délibéré» ont des sens différents. Vous devriez donner aux termes «avec préméditation» leur sens ordinaire, c’est‑à‑dire ce qui est organisé d’avance. Autrement dit, une personne prémédite l’accomplissement d’un acte si elle forme le dessein ou le projet de l’accomplir. Il n’est pas nécessaire que le plan conçu soit compliqué. Il peut s’agir d’un plan très simple et plus il est simple, plus il est facile peut-être de le former.
Vous devriez toutefois comprendre que préméditer un acte et accomplir intentionnellement un acte sont deux choses différentes; par conséquent, une personne peut avoir l’intention de tuer quelqu’un sans avoir prémédité de le faire. Par exemple, supposons que Madame X a mauvais caractère, qu’elle se querelle avec une autre personne et qu’elle la tue au cours de cette querelle, même si elle n’avait pas l’intention de le faire au départ. Dans cet exemple, il se pourrait que Madame X ait eu l’intention de tuer l’autre personne, mais elle n’a pas prémédité de le faire.
L’expression «de propos délibéré» signifie également quelque chose de plus qu’«intentionnel». Elle a le sens de «mûrement réfléchi» et non pas de «précipité» ou d’«irréfléchi». Une personne commet un meurtre de propos délibéré lorsqu’elle songe aux conséquences avant de commettre le meurtre. En d’autres termes, elle songe aux avantages et aux inconvénients de commettre le meurtre. Il s’agit d’un acte réfléchi plutôt qu’impulsif. En examinant si le meurtre a été commis avec préméditation et de propos délibéré, vous devriez tenir compte de toute la preu. . ., de toutes les circonstances et de toute la preuve.
En ce qui concerne l’élément d’intention et la question de savoir si M. Jacquard était criminellement responsable ou s’il ne l’était pas en raison de troubles mentaux, j’ai longuement analysé la preuve, et je ne vois aucune raison de répéter ce que je vous ai déjà dit.
J’ai remarqué, pendant le procès, que vous aviez écouté attentivement les témoins. Je vous ai demandé d’examiner les faits . . . Je vous ai demandé, compte tenu des faits dont vous aviez reconnu l’existence à partir de la preuve, et compte tenu du sens juridique de l’expression «avec préméditation et de propos délibéré», que je vous ai expliqué, si M. Jacquard a prémédité le meurtre de M. Hurlburt et, le cas échéant, s’il l’a commis de propos délibéré. Je vous rappelle qu’un meurtre ne peut être un meurtre au premier degré que s’il a été commis avec préméditation et de propos délibéré. Encore une fois, je vous rappelle qu’un meurtre ne peut être un meurtre au premier degré que s’il a été commis avec préméditation et de propos délibéré.
Si vous êtes convaincus hors de tout doute raisonnable que le ministère public a prouvé l’existence de tous les éléments essentiels du meurtre et qu’il a aussi prouvé hors de tout doute raisonnable que le meurtre a été commis avec préméditation et de propos délibéré, vous pouvez déclarer l’accusé coupable de meurtre au premier degré. Si vous n’êtes pas convaincus hors de tout doute raisonnable que le ministère public a prouvé que le meurtre a été commis avec préméditation et de propos délibéré, vous ne devez pas reconnaître M. Jacquard coupable de meurtre au premier degré, mais vous pouvez le déclarer coupable de meurtre au deuxième degré.
Notes de bas de page
- [1] * Voir Erratum [2009] 3 R.C.S. iv.
Arrêts cités
- Azoulay v. The Queen scr-1952-2-495 ¶ 1
- R. v. Brydon 24554-1995-11-16 par 19 ¶ 2
- The Queen v. Mitchell scr-1964-471 ¶ 8
- R. v. Wallen 20762-1990-04-12 ¶ 8
- More v. The Queen scr-1963-522 ¶ 8
- R. c. Kirkby 47 C.R. (3d) 97 ¶ 8